Prisonnier au berceau

Publié le par Miss Ellanée

c'est le titre du dernier livre de Christian Bobin (très beau pas cher chez Mercure de France comme dirait Ventrèche), et celles qui me connaissent vont se dire :

"Elle n'a pas pu s'empêcher de faire du hors sujet pour nous parler de son auteur contemporain favori".

Oui et non... En fait je voulais extraire ces deux phrases de son livre, car l'on parle si peu de notre art :

"La sainteté m'a longtemps intéressé jusqu'à ce que je trouve mieux qu'elle : la vie de chaque jour, la simple vie sans prestige, fatiguée et ravaudée par endroits, comme un drap de coton un peu lourd qui a beaucoup servi, avec des initiales brodées de rouge."

"Plus céleste que les petits soldats d'or peints par les moines, mieux armé pour défendre l'invisible, était le givre qui, deux jours durant, a transfiguré les arbres du parc de la Verrerie. Avec la minutie d'une dentellière, il entrecroisait le vide et le plein, faisait s'ouvrir des fleurs de rien au  coeur de l'air, saupoudrant de blanc les pointes des feuilles de houx sans toucher à leur vert, passant un doigt de lumière sur la blancheur cassante des branches - comme sur bord d'un verre de cristal."

Je précise pour l'une d'entre vous en particulier (qui se reconnaîtra) que c'est page 63 et 66 !

Pour la même, présentation sur le site de son éditeur :

 "Jadis, au Creusot, il y avait des mines. Pour être averti de la présence de gaz, les mineurs emmenaient avec eux au fond des galeries quelques oiseaux chanteurs. En vivant dans une ville où l'on avait arraché des oiseaux à l'azur pour les plonger dans le noir, et dans une famille où l'on jetait du silence sur les plaies des âmes, j’appris à ne désespérer de rien. Il pourrait toujours se trouver un trésor au fond des ténèbres. Rue des mésanges, rue des hirondelles, rue des alouettes, rue des pinsons, rue des moineaux : sur les plaques émaillées des noms de rues, peut encore s'entendre le chant des oiseaux sauveteurs."

     Ce livre raconte la genèse d'un regard. Il est le socle à partir duquel tous les autres livres de Christian Bobin se sont levés.En cela, il signe bien le pacte de la collection Traits et portraits qui propose à chaque auteur de bâtir son autoportrait. « J'ai toujours habité deux villes », écrit Christian Bobin dans la première phrase, « le Creusot et la ville qui est au dessus, dans les nuages ». Le Creusot est au centre de cette méditation au plus près de l'intime. C'est là que Christian Bobin est né et c'est une ville qu'il n'a jamais pu quitter comme si un ange s'était toujours tenu sur le seuil de sa porte, les bras croisés, pour l'empêcher de sortir.
     La singularité de cette ville est d'avoir été riche, puis appauvrie, brutalement. Mais dans cette dureté et ce dénuement, Christian Bobin montre peu à peu comment il a trouvé la plus grande douceur. Tout ce qui aurait pu tourner en enfermement s'est renversé pour lui en liberté, en lumière, en création. Des scènes fulgurantes et énigmatiques traversent le récit : la photographie d'un enfant mort trouvé dans le grenier, un lapin que le grand-père dépèce sous les yeux de l'enfant, un ouvrier qui tombe dans une cuve en fusion et surtout, comme le pivot essentiel du livre, le secret autour d'une grand-mère enfermée dans un asile pendant des années, mais dont on ne parlera jamais, ou avec des mots incompréhensibles, décalés, qui laisse l'enfant dans un état de stupeur. Dans chacune de ces scènes, rôde une absence qui se transforme aussitôt en son envers : le goût du miracle de vivre, la beauté d'un visage, l'éclat et la noblesse d'un regard, la gloire secrète de la pauvreté, du dénuement. Entre la présence-absence de cette ville qui apparaît dans de grandes photographies du début du vingtième siècle, provenant de l'écomusée du Creusot et qui rythment le récit, viennent se glisser de magnifiques gravures de Dürer, où la violence et la douceur se côtoient sans cesse, corps à vif ou anges se promenant dans le ciel. Christian Bobin nous conduit dans ses interrogations autour de la beauté et de la stupeur et l'on assiste au fil du récit, à ce cheminement intérieur qui l'a rendu écrivain. J'ai écrit ce livre parce que je voulais voir, semble-t-il nous dire, et ce sont des visions qui me sont alors apparues. C'est du coup le livre le plus direct, le plus touchant et le plus limpide de toute son oeuvre qu'il nous offre ici.


photo Jacques Sassier/Gallimard

 

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Publié dans Livres

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A
Bon, moi j'aime, j'aime Bobin, et quand j'aime un auteur, je lis tout de l'auteur. Celui-ci n'est pas mon préféré (peut-être ce serait l'enchantement, entre plusieurs mon coeur balance); mais j'aime cette langue qui coule, si simple en apparence, pourtant  le fruit d'un tel travail de la langue, d'une telle aptitude aussi à observer la simplicité du quotidien. Bref, merci pour ce partage. J'avais prévu d'envoyer en plus ces lignes à Dentelles d'encre, déjà tapée et en réserve sur l'ordi. C'est peut-être le moment? Anne<br /> http://quilt007.free.fr
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M
bonjour, moi quand j'aime un auteur je ne lis pas tout de lui, sauf en ce qui concerne Bobin et Joyce Carol Oates.  Moi non plus ce n'est pas mon préféré, j'adore auto-portrait au radiateur, l'enchantement, Isabelle Bruges, tout le monde est occupé, Geai...<br /> voui, envoyez ces lignes de bobin, on va dire que vous venez de vivre un phénomène de synchronicité et que c'est donc le bon moment ! lol<br /> Merci pour votre petit mot, j'ai souri en voyant votre site car sans vous connaître il est déjà dans mes favoris. Nous avons en commun l'écriture des nouvelles... :o)
M
QUOI !!! tu vis dans la ville de mon écrivain vivant préféré !!!! lol<br /> moi j'ai vécu 11 ans à Dijon, à vol d'oiseau c'est pas loin ! :o))
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M
tu sais que le Creusot, c ma ville???!!!!
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M
Parfait pendant ce temps là tu lâches Roberto ! ;o)
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L
quoi ? encore un qui m'attend ? ah non ! là j'ai plus de  de rendez vous possible avant...ouhhhhhhhh...au moins...(smiley de bimbo blasée)
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