La Descente aux Eléphants
Ok, ok, ce n'est pas le tout de vous faire faire des exos débiles, à un moment donné il faut également que je m'y colle, sinon ça va se voir ! lol
Donc je vous avais demandé ceci (clic !) et vous vous y êtes pliées de bonne grâce, donc c'est à présent à mon tour de pondre dans la catégorie Lis tes ratures ! lol
"La vieille italienne exerçait au treize de la rue de la Descente aux Eléphants en bas de la rue de Metz, c’est à dire côté Pont Neuf. Ca me faisait une sacrée trotte à pieds car le métro ne s’arrêtait pas aussi près, mais je m’en fichais car sur le trajet je croisais une librairie qui tenait tête à la Fnac en collant des appréciations iconoclastes sur les couvertures des livres avec d’improbables post-it qui glissaient régulièrement sous les tables, et une jardinerie dont le foutoir des plantes éclaté par les tâches érugineuses des pots faisait ma joie à chaque fois que je passais devant.
Elle recevait chez elle dans sa cuisine, et il valait mieux aimer le thé, car elle servait d’office des Earl Grey ou des Lapsang Souchong selon son humeur, et pour ma part je n’osai pas la contrarier quand elle posa le mug d’eau fumante entre mes mains.
« Buvez mais ne parlez pas, ça me déconcentre… Je vous fais d’abord un tirage d’ouverture pour voir si « je vous sens », et si ce que je vous dis « vous parle » … A ce moment-là on continue la consultation, et là vous pourrez me poser des questions si vous en avez. »
Elle brassait son Tarot sur la table en rond, face contre terre, en m’expliquant qu’elle les lisait « à l’envers et à l’endroit. »
Je choisis quinze cartes en me concentrant sur un tableau du Douanier Rousseau accroché derrière elle au-dessus de ce qu’il me semblait être un confiturier. La scène représentait une petite bonne femme aux frais visiblement somptuaires, puisqu’elle était vêtue d’une coûteuse robe blanche et chapeautée de satin au milieu de fleurs bleues et d’arbres gigantesques pourvus d’oranges improbables. A ses pieds, un petit chat jouait avec une pelote.
Elle positionna les lames et les retourna trois par trois :
« vous mon p’tit, vous vous êtes faite avoir dans votre jeunesse : Une femme délétère vous a dégagée comme Blanche-Neige de votre maison, mais c’est pas vous qui avez mangé la pomme empoisonnée, c’est elle qui est morte…Elle était assez âgée pour être votre mère, regardez ! Je sors la Papesse inversée !
- Sur vous il y a le Saltimbanco, la Stella et la Ruota della Fortuna, vous travaillez dans un truc manuel… Je vous vois bouger les mains tout le temps… Vous n’allez pas y rester, vous allez démarrer une activité à votre compte dans le même domaine… C’est dans l’artistique et je vois plein de femmes, mais je ne vois pas ce que c’est. »
Epatée par sa logorrhée je lui expliquai que j’étais brodeuse et souhaitais effectivement travailler à mon compte, mais je ne fis aucun commentaire sur « Blanche-Neige », éplucher mon arbre généalogique ne m’intéressait pas.
Elle me faisait à présent le coup classique du tirage en croix :
« Vous fréquentez un homme qui a du bien, plutôt à la campagne je dirais… vous voyez ? Il sort en Roi de Deniers avec le huit de Deniers, à mon avis il ne va pas tarder à vous demander de légaliser votre situation et de le rejoindre là-bas… Avec la lame du Soleil je dirais que c’est au bord de la mer et que vous allez vous marier… »
Si ses manières de diseuse de bonne aventure étaient pathétiques la coïncidence était énorme : en effet mon homme me pressait de lui dire « oui » et de le rejoindre à Mandelieu la Napoule où il avait racheté le château. Il voulait ouvrir une manécanterie dans une des ailes et c’était un sujet de dispute entre nous car j’avais horreur des voix de gamins !
Après cette consultation je lui en voulu pour le restant de la journée car en évoquant à nouveau ce projet je me retrouvais avec l’ air insupportable de Christophe Barratier dans la tête :
« Vois sur ton chemiiiin
Gamins oubliiiés égarés
Donne leur la main
Pour les mener
Vers d'auuuuutres lendemaiiiiiins »."